Mardi 3 mars 2009

  LIVRE : "SHIKOKU, LES 88 TEMPLES DE LA SAGESSE" 
                                
"LE
COMPOSTELLE JAPONAIS"

Médiaconférences sur mon Pèlerinage des 88 Temples de Shikoku au Japon :

 

Léo Gantelet présente "Shikoku, les 88 temples de la Sagesse" (le Compostelle japonais) - conférence, diaporama, musique, autour du pèlerinage qu'il a effectué. Il est aussi l'auteur de l'ouvrage du même nom aux Editions de l'Astronome


samedi 28 et dimanche 29 novembre à 20 heures -

 

 

=======================================
Mercredi 21octobre 2009 à 20h00 - Clos des Capucins - YENNE (Savoie) -Organisation : Bibliothèque Municipale

jeudi
 15 octobre 2009
 à 15h00 - salle René Rieux au CREA (Centre de rencontres d'échanges et d'animations) - MILLAU (Aveyron) - Organisation Association Culturelle du Sud-Aveyron (ACSA)


jeudi
8 octobre 2009
 à
20h00 - salle du Petit Trianon - BRISON-SAINT-INNOCENT (Savoie) - Organisation Association A l'unisson.

vendredi
18 septembre 2009 à 20h30 
- Salle des Expositions (Près de la Mairie) - TRESSERVE (Savoie) - Organisation Association Culturelle de Tresserve.

samedi 8 août 2009 à 10h30 - TABLE RONDE - Amphitéâtre du salon du livre - PASSY (Haute-Savoie) - à l'occasion du 19ème Salon du Livre de Montagne de Passy - Organisation Association Montagne
en Pages.

mardi 26 mai 2009 à 18h00 - salle BLMA, route de la Rotonde - VILLE LA GRAND (Haute-Savoie) - Organisation CE Cheminots SNCF.

mardi 05 mai 2009
à 17h00 - bibliothèque - salle du bicentenaire - CHAMONIX (Haute-Savoie) - dans le cadre de l'exposition Pas à pages : la marche, transport du corps et de la pensée - Organisation Jumelage Chamonix-Fujiyoshida.

samedi 14 mars 2009 à 10 h 30 à la médiathèque de SEYNOD : Présentation du pèlerinage des 88 temples de Shikoku, et discussion libre avec l'auteur du livre

vendredi 20 février 2009 à 20h30 - salle du Musée- YVOIRE (Haute-Savoie) - Organisation Bibliothèque et Assoc. Y'voir et lire.

vendredi 28 novembre 2008
à 19h30 - Maison de Malaz- SEYNOD (Haute-Savoie) - Organisation Société des Auteurs Savoyards.

 Abbaye Saint Louis du Temple à Limon, 91430 - VAUHALLAN

 

- Dans le cadre et à l'invitation de "Compostelle 2000"- PARIS 

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Mercredi 21octobre 2009 à 20h00 - Clos des Capucins - YENNE (Savoie) -Organisation : Bibliothèque Municipale

jeudi
 15 octobre 2009
 à 15h00 - salle René Rieux au CREA (Centre de rencontres d'échanges et d'animations) - MILLAU (Aveyron) - Organisation Association Culturelle du Sud-Aveyron (ACSA)


jeudi
8 octobre 2009
 à
20h00 - salle du Petit Trianon - BRISON-SAINT-INNOCENT (Savoie) - Organisation Association A l'unisson.

vendredi
18 septembre 2009 à 20h30 
- Salle des Expositions (Près de la Mairie) - TRESSERVE (Savoie) - Organisation Association Culturelle de Tresserve.

samedi 8 août 2009 à 10h30 - TABLE RONDE - Amphitéâtre du salon du livre - PASSY (Haute-Savoie) - à l'occasion du 19ème Salon du Livre de Montagne de Passy - Organisation Association Montagne
en Pages.

mardi 26 mai 2009 à 18h00 - salle BLMA, route de la Rotonde - VILLE LA GRAND (Haute-Savoie) - Organisation CE Cheminots SNCF.

mardi 05 mai 2009
à 17h00 - bibliothèque - salle du bicentenaire - CHAMONIX (Haute-Savoie) - dans le cadre de l'exposition Pas à pages : la marche, transport du corps et de la pensée - Organisation Jumelage Chamonix-Fujiyoshida.

samedi 14 mars 2009 à 10 h 30 à la médiathèque de SEYNOD : Présentation du pèlerinage des 88 temples de Shikoku, et discussion libre avec l'auteur du livre

vendredi 20 février 2009 à 20h30 - salle du Musée- YVOIRE (Haute-Savoie) - Organisation Bibliothèque et Assoc. Y'voir et lire.

vendredi 28 novembre 2008
à 19h30 - Maison de Malaz- SEYNOD (Haute-Savoie) - Organisation Société des Auteurs Savoyards.

 

- Dans le cadre et à l'invitation de "Compostelle 2000"- PARIS 

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Mercredi 21octobre 2009 à 20h00 - Clos des Capucins - YENNE (Savoie) -Organisation : Bibliothèque Municipale

jeudi
 15 octobre 2009
 à 15h00 - salle René Rieux au CREA (Centre de rencontres d'échanges et d'animations) - MILLAU (Aveyron) - Organisation Association Culturelle du Sud-Aveyron (ACSA)


jeudi
8 octobre 2009
 à
20h00 - salle du Petit Trianon - BRISON-SAINT-INNOCENT (Savoie) - Organisation Association A l'unisson.

vendredi
18 septembre 2009 à 20h30 
- Salle des Expositions (Près de la Mairie) - TRESSERVE (Savoie) - Organisation Association Culturelle de Tresserve.

samedi 8 août 2009 à 10h30 - TABLE RONDE - Amphitéâtre du salon du livre - PASSY (Haute-Savoie) - à l'occasion du 19ème Salon du Livre de Montagne de Passy - Organisation Association Montagne
en Pages.

mardi 26 mai 2009 à 18h00 - salle BLMA, route de la Rotonde - VILLE LA GRAND (Haute-Savoie) - Organisation CE Cheminots SNCF.

mardi 05 mai 2009
à 17h00 - bibliothèque - salle du bicentenaire - CHAMONIX (Haute-Savoie) - dans le cadre de l'exposition Pas à pages : la marche, transport du corps et de la pensée - Organisation Jumelage Chamonix-Fujiyoshida.

samedi 14 mars 2009 à 10 h 30 à la médiathèque de SEYNOD : Présentation du pèlerinage des 88 temples de Shikoku, et discussion libre avec l'auteur du livre

vendredi 20 février 2009 à 20h30 - salle du Musée- YVOIRE (Haute-Savoie) - Organisation Bibliothèque et Assoc. Y'voir et lire.

vendredi 28 novembre 2008
à 19h30 - Maison de Malaz- SEYNOD (Haute-Savoie) - Organisation Société des Auteurs Savoyards.

- Dans le cadre et à l'invitation de "Compostelle 2000"- PARIS 


mardi 18 novembre 2008 à 18h00 -Polytech'Savoie, 5 Chemin de Bellevue, Domaine Universitaire - ANNECY LE VIEUX - Organisation THESAME

vendredi 10 octobre 2008 à 20h00 - CERVENS (Haute-Savoie - près Thonon-lesBains) - Organisation Bibliothèque Es'Page.

mardi 30 septembre 2008 à 20h00 - Salle Pierre Lamy - ANNECY (Haute-Savoie) -Organisation  Unidivers.

jeudi 25 septembre 2008 à 20h00 - Domaine de Saint Jean de Chépy - TULLINS (Isère - près Grenoble) - blog : http://www.le-blog-du-domaine.fr/index.php?2008/07/22/23-soiree-du-25-septembre-2008

En Prévision :

 
___________

Pour organiser une Médiaconférence, contacter :
xgantelet@aol.com  ou  contact@arscene-creations.org

 



Voir dans "Léo au Japon" les articles :

"
 LE LIVRE ...     " 
 

" LES 88 TEMPLES - Interview TV8 MB 1 " 

" LES 88 TEMPLES - Interview TV8 MB 2 (Suite) " 

Le livre est présent dans les réseaux de distribution pour l'Amérique du Nord ; la gestion en est assurée par :

La Canopée

109, chemin du Sphinx
Saint Armand (Québec)
J0J 1T0 Canada
+1 450 248 9084
lacanopee@primus.ca

L'ouvrage peut être commandé sur Internet à l'adresse suivante :
www.abebooks.com/servlet/SearchResults?an=GANTELET+LEO&kn=GANTELET%2C+LEO

 

Par Léo Gantelet - Publié dans : Événements d'actualité
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Lundi 2 mars 2009
 
Le pèlerinage bouddhiste des 88 temples de Shikoku

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C'était à la suite d'une conférence sur le chemin de Saint-Jacques, organisée par d'anciens jacquets que, toutes affaires cessantes, j'avais pris la décision d'aller à Compostelle à pied depuis chez moi. C'était en 1999. Sept ans plus tard, c'est après avoir lu un article dans le bulletin des Amis de Saint-Jacques en Rhône Alpes, qu'en un éclair, je décidai de faire le pèlerinage bouddhiste de Shikoku au Japon, tel que le décrivait dans son article le Dr Thierion. Mon propos n'était pas de devenir bouddhiste, mais de vivre une expérience qui sorte de l'ordinaire.
Tout me laissait supposer que j'allais retrouver là-bas ce qui m'avait tant enchanté sur le chemin de Compostelle ; en tous points en effet la ressemblance semblait frappante. Mais s'y ajouterait, outre le dépaysement, avec d'autres visages de la nature et des hommes, une vision du monde des vivants et de l'au-delà toute différente, propre à enrichir et renouveler des concepts anciens si profondément gravés en moi que je les tenais pour éternellement valides.
J’étais certain de retrouver, sous d’autres cieux, les conditions qui m’avaient permis un jour d’aller voir plus loin. « Plus loin », c’était justement la devise parfaite de ce genre d’aventure, que les jacquets traduisent par « Ultreïa », « plus outre, plus loin », et les Japonais par le « Sutra du Cœur », « allez, allez, plus loin jusqu’à l’Eveil ». Je savais d’expérience que le pèlerin n’a nul besoin de s’armer d’intentions précises pour suivre son chemin. Il peut partir tranquille avec l’esprit aussi vide qu’une coquille d’escargot après les fêtes de Noël ; il lui suffit de marcher et la marche fait le nécessaire. Et c'est bien cet état d'esprit qui m'habitait avant mon départ.
J'étais allé à Compostelle en 88 jours. Je viens de faire le pèlerinage de Shikoku en 88 temples. J’ai marché 50 jours et j’ai parcouru 1400 km  par des chemins infiniment exotiques, autour de cette île japonaise. On pourrait penser que, longeant l'océan et la mer, le chemin est entièrement plat ; ce serait sans compter avec les nombreuses incursions de l'itinéraire en direction du centre de cette île particulièrement montagneuse. Autrement dit, le chemin de Shikoku n'a rien à envier à celui de Compostelle pour ce qui est de la difficulté. Mais là n'est pas l'essentiel.
L'essentiel je le trouvai jour après jour dans cette ronde interminable des temples, bien installé dans une bulle d'extrême solitude que renforçait singulièrement la barrière de la langue japonaise. J'avais pris la peine, pendant les huit mois qui précédèrent mon départ, d'apprendre un peu de cette langue ; bien m'en a pris, car j'eus la surprise de découvrir dès mon arrivée sur le chemin, que j’y étais le seul étranger et que bien peu de japonais sur cette île parlaient anglais. Néanmoins, je retrouvais les vertus de la marche au long cours que je connaissais bien. Elles étaient bien présentes sur cet autre chemin  magique, balisé de signes sensibles de la foi des hommes en un autre monde, si possible meilleur que celui-ci ; un chemin marqué en profondeur par les millions de pas des millions de pèlerins qui m'avaient précédé, un itinéraire ardu, interminable, sur lequel se produisaient, malgré l'isolement, de belles rencontres, d'étranges coïncidences, d'imprévisibles catharsis parfois fondatrices d'une nouvelle vie.
En observant ces nombreux pèlerins tout habillés de blanc avec leur chapeau de paille conique et leur bâton, la première chose qui me frappa, ce fut le sérieux de leur démarche, qui se traduisait par une certaine austérité de comportement. Ce qui n'enlevait rien de leur gentillesse, de leur serviabilité, de leur écoute. Jamais je n'aurais supposé que je puisse bénéficier de tant d'aide et de sollicitude de leur part dans les moments difficiles. Je sentais bien qu'il y avait là un vrai reflet de l'âme japonaise, mais il y avait en plus leur condition de « pèlerin », ce qui n'était pas un vain mot. Leurs prières au temple avaient quelque chose de poignant. Au début, je voyais se former des groupes devant le Hondo* puis devant le Daishido*, qui psalmodiaient longuement au rythme imprimé par un moine qui battait la mesure en frappant une sorte de coquille avec un marteau en bois. Progressivement, je me joignis a eux ; parfois en me laissant pénétrer de leurs incantations, que je ne comprenais pas, et d'autrefois en lisant pour moi seul une traduction en français du « Sutra du Coeur ».
 
Bientôt, je compris ce qu'il y avait de fondamentalement différent entre le chemin de Compostelle et celui-ci. D'abord, le chemin de Shikoku était marqué par 88 points de passage obligé, ce qui régulièrement exigeait du pèlerin qu’il se retrempe dans ces lieux de spiritualité. Et je dois dire que, pour ma part, chaque halte était un moment de vrai réconfort qui m'aidait à poursuivre. Je pris aussi conscience que c'était un chemin circulaire, qui n'avait ni début, ni fin, et que les pèlerins d'antan (parfois encore ceux d’aujourd’hui) refaisaient plusieurs fois dans leur vie ; ce qui symboliquement traduisait parfaitement la tradition bouddhiste avec le cycle des morts et des renaissances. Cela est si vrai que arriver au dernier temple, le 88, c’est comme arriver à n'importe quel autre : pas de cérémonie, pas de liesse particulière, rien pour marquer l'accomplissement du pèlerinage. Pour ma part, je n'en fus pas surpris mais je ne pus m'empêcher de penser à mon arrivée sept ans plus tôt dans la cathédrale de Compostelle où se célébrait la messe solennelle de midi, avec toutes ses pompes et ses apparats...
 
Cette simplicité, je la sentis progressivement m'envahir et me couvrir d'une tranquillité qui m'était peu coutumière. Contrairement à mon cheminement vers Compostelle, qui m'avait apporté des émotions intenses et irrépressibles, le chemin de Shikoku se déroulait très simplement sous mes pas. J'étais bien, je n'attendais rien, je n'espérais rien, le vide s'était installé en moi, et je reconnaissais en cela, la marque du bouddhisme qui, de son propre mouvement, s'était insinuée dans mon âme.
 
Très belle aventure, en vérité ! Pas très facile à mener, je dois le reconnaître, mais possible, puisque j'ai réussi ; et ô combien enrichissante !
 
* Hondo = sanctuaire dédié à Bouddha
* Daishido = sanctuaire dédié à Bouddha
 
 
Seynod 10 Décembre 2006
 
Léo GANTELET
 
 
 
 
Par Léo Gantelet - Publié dans : Léo au Japon: les 88 temples
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Dimanche 1 mars 2009



LE COMPOSTELLE JAPONAIS

 

par

 

Léo GANTELET






À quoi comparer
Notre vie en ce monde?
À la barque partie
De bon matin
Et qui ne laisse pas de sillage.

Manzei







PREFACE

 

Est-il antinomique de parler d’un Chemin de Compostelle Japonais ?

Le Chemin vers St Jacques ne peut-il être que Galicien, Espagnol, Français au mieux Européen ?  Peut-on trouver, au Japon, ou ailleurs, d’autres « Chemins de Compostelle » ?

Léo GANTELET répond à nos questions en nous invitant à le suivre sur l’une des îles du Japon, SHIKOKU, la plus petite des quatre grandes îles de l’archipel nippon. Il a en effet parcouru, en pèlerin, le sentier qui relie les quatre-vingt-huit temples de la Sagesse.

En lisant son passionnant récit, j’ai parfois songé aux nombreux asiatiques que j’ai souvent rencontrés sur mes propres parcours vers Compostelle, en France ou en Espagne. Chacune de ces rencontres était pour moi une interrogation : pourquoi ces Japonais, ces Chinois, ces Vietnamiens ou autres suivaient-ils cet itinéraire chrétien, alors que tout, sauf dans de rares cas, les différenciait  du contexte jacquaire ?

Mais inversement j’ai imaginé, en lisant le texte de Léo, les questionnements des Japonais eux-mêmes, riverains ou pèlerins de ce Chemin des quatre-vingt-huit temples, qui ont vu passer cet Européen insolite parcourant leurs lieux sacrés…

Cependant ne suffit-il pas de réfléchir simplement au fait que, dans toutes les religions, sous toutes les latitudes, le pèlerinage existe…qu’il est un moyen indispensable pour aller au-delà de l’horizon, pour dépasser son petit domaine personnel et pour gagner une autre rive sur laquelle chacun espère trouver une humanité renouvelée.

Il existe dans notre monde une multitude de lieux sacrés…Croyants ou incroyants, convaincus ou sceptiques s’y rendent en foules pour prier, réfléchir, racheter leurs fautes, se soumettre à une obligation religieuse, assurer leur salut, se dépasser, découvrit un ailleurs, s’éloigner d’un monde qui ne les satisfait plus, décanter leur conscience, découvrir un Dieu qu’ils espèrent…

Comme sur nos Chemins de Compostelle, l’île de SHIKOKU a vu son environnement évoluer depuis douze siècles…l’urbanisation est arrivée…les sites sauvages deviennent plus rares…les beaux sentiers ne sont plus la constante…beaucoup de pèlerins utilisent des moyens de transport modernes et confortables…le goudron envahit…Nos coquilles ne sont pas là pour indiquer la bonne direction, mais des mains, gravées depuis des siècles dans la pierre, indiquent l’itinéraire pour trouver le temple suivant. Parfois le style de balisage est plus récent. Qu’importe après tout, car le Pèlerin, quelles que soient la couleur de sa peau, sa race, sa culture, son histoire, et quel que soit le lieu où se déroule son périple, au-delà du contexte religieux qui est le sien, a quitté son univers quotidien, il a abandonné sa vie ordinaire, sa maison et les siens pour aller vers un ailleurs géographique et surtout vers un ailleurs spirituel. Au bout de son chemin qui est à la fois voyage physique et voyage intérieur, il aura sans doute rencontré quelqu’un, Dieu peut-être…lui-même, modeste pèlerin, sûrement.

En Galice, sur la Meseta, dans les Pyrénées, en Aubrac comme sur l’île de SHIKOKU notre Pèlerin a surmonté des obstacles, il a subi des douleurs, il a eu des illuminations inattendues loin de la vie artificielle de nos cités, il a eu aussi ses désespoirs…la lenteur du temps qui s’écoule au rythme de son pas régulier, qui le fait avancer à une vitesse ridicule par rapport à celle des moyens modernes, a transformé ce marcheur en Pèlerin, qui n’a pour bagage que ce qu’il est, pour charge que son passé, parfois suffisamment lourd. Sa marche devient souvent prière, quelle que soit sa référence religieuse, elle provoque sa mutation… Il reviendra un jour de Shikoku, de Compostelle ou d’ailleurs…mais le Pèlerin qui revient n’est certainement plus le marcheur qui partait hier .

Merci, Léo, pour ce magnifique récit qui nous fait partager ta préparation et la réalisation de ton Pèlerinage du Compostelle Japonais et qui nous communique tes enthousiasmes ! Beaucoup parmi ceux qui te liront rêveront d’aller eux aussi dans l’île de SHIKOKU. Beaucoup ne pourront sans doute pas réaliser ce rêve. Qu’ils n’oublient pas que SHIKOKU, comme COMPOSTELLE, comme la Sagesse, célébrée par les temples que tu as visités, se trouve souvent tout près de chez eux…il leur suffit de partir, sac sur le dos et bâton en main, pour découvrir d’autres beautés, d’autres chemins, d’autres temples où ils trouveront la même Sagesse universelle et éternelle. Ils reviendront utilement transformés.

« Le flot de la rivière coule sans fin et l’eau n’est jamais la même ; les bulles qui crèvent la surface des étangs s’évanouissent, se reforment et ne durent guère ; dans ce monde, les hommes et leurs demeures sont comme les bulles. » écrivait le japonais KAMO no CHOMEI (1155-1216) dans ses « Notes de ma cabane de moine » (1212)…Nos sentiers sont, tous, à la fois identiques et différents, ceux qui les suivent, marcheurs ou pèlerins, apparaissent, s’évanouissent et se reforment…comme les bulles des étangs, sous tous les cieux de notre terre.

  
Maurice DEPAIX
Président de l’Association Rhône-Alpes des Amis de Saint-Jacques




















 



Chapitre 01

 

J'irai à Shikoku

 

Sur un simple mot

le songe prend son envol

au loin l’archipel

 

J'irai probablement à Shikoku ; comme j'étais allé, voilà sept ans, à Compostelle. Cette décision m'était venue d’un coup à partir d'une banale lecture dont j'avais immédiatement senti l'impact au centre de mon esprit. C'était une page d'une revue jacquaire à laquelle j’étais abonné depuis mon pèlerinage de 1999, écrite par un certain Dr Thierion qui vivait à Thonon-les-Bains.

                                                                                                   

En quelques phrases, le médecin expliquait qu'il apprenait le japonais et que, ayant découvert l’existence du pèlerinage de Shikoku, il avait décidé de se lancer dans l'aventure : pour mieux voir le Japon, disait-il ; mieux rencontrer les gens ; pour mieux connaître l'âme japonaise si différente de l'âme occidentale, en apparence tout au moins. Ayant mis ce projet à exécution, le docteur Thierion, dès qu'il avait un peu de liberté, partait pour le Japon et, à raison de quelques étapes selon le temps dont il disposait, reprenait son chemin là où il l'avait laissé à la fin de son précédent séjour. Et cela, avec la ferme intention d’y retourner autant de fois que nécessaire afin d'aller jusqu'au bout de l'itinéraire. Le comble de l'histoire était qu’ignorant quasiment tout du chemin de Compostelle, il avait appris ce qu’il en était par la bouche de pèlerins japonais sur le chemin de Shikoku. De retour en France, il s'était informé, et n'avait pas tardé à s'engager, aussi, sur le chemin de Compostelle. Si bien que désormais, il menait les deux aventures de front et en alternance : un tronçon de Compostelle, un tronçon de Shikoku, un tronçon de Comp... Et ainsi de suite.

 

Après le brillant éclair plein de promesses, que la lecture de cet article avait déclenché en moi, j'eus une envie immédiate d'en savoir davantage. Aussi, je me précipitai sur Internet dans l'espoir d'obtenir des informations sur ce lointain itinéraire ; j'en obtins quelques-unes où il était question de cette île de Shikoku et de ce chemin de pèlerinage qui en faisait le tour en 88 temples. Ce soir-là, il était trop tard pour appeler le docteur Thierion au téléphone, aussi, je me contentai de trouver son numéro dans les pages blanches d'Internet et de le noter.

 

(…)

Chapitre 05

 

Haru-san

 

En ses éclats rouges

la fleur d'équinoxe attend

les ors de l'automne

 

Après le petit déjeuner, nous sommes repartis, toujours ensemble, vers le temple 4, que nous avons atteint vers 11 heures. Bouddha avait bien fait les choses. Une petite pèlerine tout en blanc, dans le pur appareil du henro* traditionnel, nous avait dépassés en chemin. Nous avions alors échangé un furtif bonjour. Un peu plus tard, nous l'avons dépassée à nouveau, puis elle nous a rattrapés. Au fur et à mesure de ces rencontres, nous nous adressions des sourires de plus en plus appuyés ; jusqu'à échanger quelques mots en japonais, puis à faire route commune sur le dernier kilomètre avant le temple 4.

 

Là, nous avons fait, elle et moi, nos dévotions ensemble et elle m'a retenu sur son portable un hébergement pour le soir au temple 6.

(…)

De fait, Haru-san allait me conduire, au moins pour aujourd'hui, tout droit vers ma prochaine étape. Si bien que mes premières appréhensions s'en trouvaient levées comme par magie. Je ne pouvais m'empêcher de rapprocher cet épisode de certaines rencontres décisives, tombées à point nommé elles aussi, lorsque j'étais sur le chemin de Compostelle.

 

Nous avons alors marché, elle et moi, jusqu'au temple 5. Et là, après y avoir fait, toujours ensemble, nos dévotions, nous avons mangé sur le pouce, assis sur un banc, les maigres réserves qu'elle avait emportées avec elle. Et nous sommes repartis vers le temple 6.

(…)

 

Je m’imprègne de toutes les splendeurs de ce chemin, et singulièrement, du symbolisme selon lequel il a été établi. En premier lieu, il y a cette belle métaphore qui, concrètement, conjugue les notions de  progression et de progrès. Progression géographique, matériellement marquée par la visite des temples et les étapes ; progrès intérieur, spirituel, censé conduire le pèlerin de  «l’Eveil» au «Nirvana», en passant par «l’Ascèse» et «l’Illumination». Le chemin est en effet marqué par chacun des quatre territoires, des quatre préfectures, ou « Ken », qu’il traverse. D’ailleurs, le nom  « Shikoku » lui-même, signifie  « quatre pays » (shi = 4, koku = pays). Les 23 premiers temples, situés dans la préfecture, ou le ken, de Tokushima sont associés à «l’Eveil». Les temples 24 à 39, dans le ken de Kochi, sont associés à «l’Ascèse». Les temples 40 à 65, dans le ken de Ehime, sont ceux de «l’Illumination». Les temples 66 à 88, dans le ken de Kagawa, appartiennent au «Nirvana». Voilà qui symbolise à merveille la quête d’élévation de celui qui, un jour, se met en chemin.

 

Chemin faisant, j'écris mon aventure personnelle ; j'essaye de trouver un itinéraire cohérent qui conduise vers quelque chose de plus élevé, de plus noble, de plus tranquille aussi. Une voie qui ne soit pas forcément un rail, mais dont je puisse sortir à certains moments, de folie par exemple, pour mieux y revenir ; Rien de pire qu’une vie éclatée, chaotique, sans trajectoire définie. Le chemin des 88 temples est une parfaite métaphore de ce parcours idéal auquel aspire éperdument le chercheur de vérité. Vérité, sagesse, c'est la même chose ; notre capacité à discerner la première conduisant à la seconde.

 

Comme il en va de la musique, le chemin de Shikoku adoucit les moeurs. Cela était déjà largement vrai pour le chemin de Compostelle, mais il me semble que ça l'est encore davantage pour celui des 88 temples, tant ce dernier apparaît comme imprégné de la douceur du bouddhisme.

 

(…)

Par Léo Gantelet - Publié dans : Léo au Japon: les 88 temples
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Samedi 28 février 2009


envoyé par xgantelet
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Vendredi 27 février 2009

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Jeudi 26 février 2009
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Mercredi 25 février 2009

 

Par Léo Gantelet - Publié dans : Léo au Japon: les 88 temples
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Vendredi 13 février 2009

Voyage en Polynésie – Février 2009

 

Impressions fugitives

 

Un vieux rêve : partir pour Tahiti. Un vieux rêve qui remonte à mes 17 ans ; entretenu par mes lectures d'alors : Pierre Loti, un certain Guy de Larigaudie, Bougainville et autres explorateurs... Je suis dans l'avion qui m'y emmène. Dans moins d'une heure, nous atterrirons d'abord à Los Angeles pour une escale de 2 heures, avant de repartir vers Papeete. Il est 11 heures du matin ici en Californie, et 20 h 40 à l'heure de France. A l'horizon, Je devine l'océan : le Pacifique.

 

C'est une journée qui n'en finit pas. Pourtant, à mi-parcours, nous avons eu une sorte de crépuscule, de nuit même. J'ai mis un moment à réaliser que c'était la nuit polaire, tout simplement, car nous tangentions l'extrême Nord.


 

 

Le voici, le Pacifique... à peine avons-nous décollé. Bientôt l'océan vire au bleu nuit ; le ciel à un certain bleu d'acier; entre les deux, une bande lumineuse qui hésite entre saumon et orangé. Loin là-bas, au delà de cette lumière, je me revois sur l'autre rive, côtoyant à pied pendant des jours, cette même immensité marine, sur l'île de Shikoku. Vaste étendue d'eau noire, inquiétante et sublime ; si j'étais un grand poète, c'est dans cette encre-là que je tremperais ma plume pour écrire un hymne fabuleux au Grand Océan.


 

Nous nous sommes établis sur l'île de Maupiti. Nulle part ailleurs que dans les Iles Sous le Vent, l'océan n'aura mieux mérité son qualificatif de "pacifique" : lagon de cristal, fonds d'émeraude, rivages ensorceleurs, accueil joyeux et enjoué de nos hôtes dans le petit "faré" à l'ombre des cocotiers.

 

 

De Maupiti,je me souviendrai, de la rumeur du lagon, de la pluie sur le toit du faré, des deux tombes tout près de la porte d'une maison : le repos des ancêtres, du chant du coq au tout petit matin, des gloussements joyeux d'oiseaux inconnus, de la musique polynésienne sans télé sur la terrasse de la pension, de nos hôtes paisibles, souriants et dévoués, de la longue plage de sable blanc, du bateau au toit de toile qui tangue à l'amarre, des cocotiers surchargés de fruits, des bougainvilliers aux tons de violine, des bosquets de tiaré en habits de fleurs blanches, de l'air embaumé d'exotiques fragrances

 


J'y ajouterai un bonheur tout particulier : l'étonnante ressemblance des lieux avec l'univers de Maéva, l'héroïne de mon roman « Perles d'Océan », que j'avais décrit sans rien connaître.

 



Raiatea, la formule insulaire "deux en un" ; deux îles pour un même lagon, Raiatea et Tahaa. Sur les rivages de cette dernière, après la traversée d'un lagon dont je ne saurais dire les couleurs tant elles semblent relever du surnaturel, nous avons visité une ferme perlière, dans laquelle un Japonais, infiniment concentré, était occupé à pratiquer une sorte de microchirurgie dans les replis d'un huître; il en extrayait une perle brillante avant d'y implanter un nouveau nucléus, cette sorte de bille taillée de main d'homme dans la nacre d'une huître du Mississippi. Evidemment, cela se termina par une transaction d'achat, presque somptuaire, à la boutique de la ferme : deux superbes colliers



La visite d'un petit producteur de vanille s'avéra plus légère quoique plus humide, trempés que nous fumes par une pluie battante. Tout ce qu'il convenait de savoir sur la culture de la vanille nous fut doctement dévoilé par Bryan, un ex-légionnaire d'origine danoise, installé ici depuis dix ans comme un je ne sais quel Robinson Crusoé à la suite de je ne sais quel naufrage.

 

Notre déjeuner fut pris à la terrasse d'une auberge sur un motu voisin où l'on put voir, dans des nasses installées à même les eaux du lagon, des raies, des requins, et d'étranges poissons capables, dès qu'ils se sentent menacés, de se gonfler comme des ballons au double de leur volume ordinaire en se hérissant de piquants


Toute l'île de Raiatea, quant à elle, s'affiche très urbaine, avec des banques, des supermarchés, et les instances administratives  des Iles Sous le Vent. Au delà de ces concessions à la modernité, ce qu'on lit, entend, ressent à son sujet, ne tarde pas à nous convaincre que Raiatea est aussi le centre mythologique de la Polynésie ; il y flotte de folles histoires…

 



Huahiné, île mystérieuse et féminine. Féminine au point que depuis la capitale, la ligne des montagnes dessine très nettement une femme couchée. On la découvre par petites touches, comme une femme qui peu à peu se dévoile. Elle a mille secrets à nous laisser deviner.


 


      De bleus lagons en plages blondes

      Là-bas, à l'autre bout du monde,

      Au clair  pays des vahinés,

     J'ai jeté l'ancre à Huahiné.

 

     L'île garde bien son mystère

     On ne l'a jamais toute entière

     Ses secrets nous restent cachés

     Sous les hauts murs des maraés

 




La plus belle perle de Polynésie, on ne la trouve  pas forcément dans les showrooms des fermes perlières ou aux devantures des bijoutiers de Papeete ; pour moi, l’une des plus belles, c'est Bora Bora


 


Son lagon n'a pas son pareil pour ce qui est des couleurs et des transparences, et pour la douceur de vivre qu'il impose aux rivages de l'île comme à ceux des motus qui forment une couronne presque continue tout autour.

 

On pourra m'opposer la vanité des établissements paradisiaques qu'on y trouve par dizaines, le peu d'enthousiasme des autochtones dans leur accueil des touristes que nous sommes, la trop récente mythologie laissée par les 5000 Américains qui débarquèrent ici en 1942. Tout cela, je me permets de l'ignorer, et je goûte aux plaisirs subtiles que suggèrent le parfum des fleurs en colliers, la danse du palmier au souffle chaud des alizés, la course lente des nuages aux formes mouvantes que le lagon reflète, empruntant leurs nuances.

  
 


Paradisiaque, vous dis-je ! Tant pis pour le cliché !


 


Moorea ne se révéla pas d'emblée. Le lagon au droit de notre chambre était plutôt décevant : peu de hauteur d'eau, beaucoup d'aspérités rocailleuses sur le fond, et une lignée de bungalows sur pilotis qui nous barrait la vue sur le large


 


Mais dès le lendemain, nous découvrîmes, de l'autre coté des bâtiments principaux de l'hôtel, un lagon splendide peuplé de poissons extraordinaires : bleus irisés de vert phosphorescent pour les uns, gris rayés de jaune pour les autres, de formes étranges. Le jour suivant, nous embarquâmes avec un pilote dans un bateau à fond de verre fortement lesté, de sorte que nous naviguions au dessous du niveau de l'eau au beau milieu de ces splendides rondes aquatiques



Plusieurs soirs, à l'hôtel pendant que nous dînions, nous eûmes droit à de torrides ballets de Tahitiennes. Pieds nus, en paréo, et la tête couronnée de fleurs, leurs danses souvent lascives sur des musiques alanguies mais parfois trépidantes, débordaient de sensualité conquérante


 


Enfin, nous découvrîmes l'île elle même par voie de terre. La baie de Cook et la baie d’Opunohu offraient, depuis "Le Belvédère" un paysage saisissant. Un énorme rocher les sépare, comme un bateau qui se serait échoué sur cette vaste échancrure du rivage, proue contre terre, pour former ces deux baies quasiment symétriques.

     




Une fois encore, nous étions émerveillés.




À Tahiti, on nous disait « Les Marquises !... Les Marquises !... » ; Les gens se plaisent toujours à vanter ce qu’eux connaissent, et vous pas. Et moi, je n'y croyais pas trop. Je ne pensais pas qu'il fût possible de trouver mieux que les merveilles des Îles Sous le Vent. Mais, c'est un fait : nous avons visité deux îles, dépourvues de lagon comme il se doit aux Marquises, et pourtant bien plus belles encore. D'abord, Hiva-oa puis Nuku-hiva. Sans rien enlever à la seconde, c'est à la première que mon coeur est resté accroché. Il me fallut convenir que la vue sur la Baie des Traîtres depuis notre hôtel en surplomb, était l'une des plus merveilleuses que j'aie jamais vue sur cette terre. La balade en 4X4 vers l'intérieur fut à la même hauteur.



Certes, l'âme des poètes était pour quelque chose dans cet enchantement. Gauguin, et Brel, qui voisinaient dans le petit cimetière, modeste et charmant, avec vue sur l'océan, étaient bien là. Dans les villages, on se souvenait d’eux, on en parlait, on racontait des histoires. Au musée, il y avait une quantité impressionnante de copies de Gauguin, une reconstitution de sa maison, « La Maison du Jouir ».


plus loin, un grand hangar qui abritait Jojo, l'avion de Jacques Brel, et quantité de panneaux, de photos qui retraçaient sa vie.

 


J’étais tenté de conclure que c'était à eux que l'île devait tout son charme. Mais à y réfléchir, n'était-ce pas au contraire le charme particulier de l'île qui avait fait que ces deux-là s'étaient installés à Hiva-oa, et non ailleurs ?

 

  


Nuku-hiva nous montra elle aussi de splendides paysages maritimes et de montagne






Mais elle nous révéla en plus, cachés dans la végétation, des lieux qui donnent le frisson : les fameux pae-pae, ces sites sacrés où l'on pratiquait couramment, selon un rituel ancien bien établi, le sacrifice humain. Les derniers eurent lieu dans le courant du XIXe siècle

 

 


Je n'oublierai pas cet épisode hautement poétique et exotique où, grâce à Jean-Pierre notre guide, nous mangeâmes des mangues sous un manguier comme, chez nous, des cerises sous un cerisier...








Ces impressions, aux couleurs idylliques, sont sans doute bien superficielles. Elles font bon marché de la vie de tous les jours et des tourments auxquels n'échappe jamais l'homme, fût-il polynésien. D'ailleurs, ne se traduisent-ils pas, en ces temps incertains, dans les méandres de la politique locale ?

  
Pour simpliste qu'elle soit, cette vision est pourtant bien celle du voyageur qui aborde pour la première fois ces îles du bout du monde. Et je me plais à rêver de ce que dû être l'envoûtement de Cook, de Bougainville et de bien d'autres, lorsqu'ils touchèrent, sans même savoir qu'ils existaient, ces rivages enchantés.

 

 

 



 

 

 

 
   

 

Par Léo Gantelet - Publié dans : Polynésie
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Dimanche 7 décembre 2008

C'était le 21 Septembre 2008 au château de Clermont :

Remise de la Plume d'Or à Valère Novarina

Cher Valère Novarina,


Puisqu'il m'incombe aujourd'hui, au nom de la Société des Auteurs Savoyards, de présenter à cette assemblée le personnage que vous êtes, qu'il me soit permis, avant d'évoquer votre oeuvre, de commencer par quelques considérations biographiques.

Valère Novarina, vous êtes Savoyard, et même précisons le, Haut-Savoyard, ce qui n'est pas rien, pour nous, vos compatriotes. Car si vous êtes né en 1947 à Chêne-Bougeries dans la banlieue de Genève, c'est à Thonon-les-Bains, côté France, que vous avez vécu vos années de jeunesse. Votre père était un architecte réputé, qui laissa pour la postérité, en particulier dans notre région, de nombreuses et fort belles réalisations. Quant à votre mère, elle était une comédienne de talent. C'est donc dans ce milieu tout imprégné d'art que vous avez grandi. Devenu adulte, vous étudiez la philosophie et la philologie à la Sorbonne. Vous vous immergez dans la Divine Comédie de Dante. Vous rédigez un mémoire sur Antonin Artaud théoricien du théâtre. Vous faites l'ascension du Mont Blanc. Vous parcourez à pied, et cela me touche particulièrement, l'itinéraire Thonon-les-Bains - Nice, et vous traversez la Corse. Vous êtes dessinateur et peintre. Vous écrivez et devenez progressivement dramaturge. Et c'est plus particulièrement ce dernier aspect de votre talent que nous célébrons aujourd'hui.

Il y a peu encore, je ne savais presque rien de vous et de votre oeuvre, si ce n'est par quelques articles de journalistes ou de critiques littéraires, sous la plume desquels revenaient sans cesse les mêmes mots, les mêmes expressions : « une langue venue d'ailleurs », « des mots éclatés, ou inattendus », « formant de véritables rébus », « une parenté avec le cirque » etc... Jusqu'à un certain soir de 2007 où, devant mon poste de télévision, je suivis in extenso votre pièce « L'Acte Inconnu » qu'on jouait dans la cour d'honneur du palais des papes au festival d'Avignon. A priori, tous ces mots que je viens de citer : « éclaté, rébus, etc... ne me disaient rien de bon, car d'une manière générale, je n'aime pas trop les approches modernistes de notre langue, la préférant pure et académique. C'est donc par simple curiosité que je m'imposais ce rôle de spectateur.

Contre toute attente, moins de cinq minutes après les premiers échanges des acteurs, le charme opéra. Alternance de rire et de gravité ; mais jubilation totale du début à la fin. Je revois encore avec hilarité cette scène où un homme vêtu de rouge, « Le Déséquilibriste » traverse lentement le plateau avec une planche d'au moins 3 m sur l'épaule, s'arrête au milieu du parcours et déclare gravement aux spectateurs, sur un ton monocorde: « je suis la parole portant une planche... » Je ne saurais dire pourquoi cette scène m'a touché, comme tant d'autres d'ailleurs ; je ne sais pas expliquer ce mystère, mais toujours est-il que ça à formidablement marché...

Dans cette pièce, on y parlait une langue première, éclatée, souvent teintée de loufoquerie provoquant l'hilarité, ou bien empreinte de gravité, sur des questions essentielles ; et cela pouvait rappeler, jusque dans la forme-même, les tragédies antiques d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide. Mais Aristophane n'était jamais loin, et souvent le rire l'emportait, à la faveur de scènes cocasses qui conduisaient à la jubilation mais aussi à la prise de conscience de nos propres ridicules. On a dit de vous que « [vous nous faites] rire alors que les travers soulignés pourraient nous faire grincer ou bondir de colère ». Tragédie donc, gravité ; mais aussi, comédie qui, comme disaient les anciens, « castigat ridendo mores » ; elle corrige les moeurs par le rire. Dans tous les cas, un langage étrange, venu d'on ne sait où, qui actionne de mystérieuses résonances sans doute en rapport direct avec nos plus intimes profondeurs, un langage que vous portez seul et sans peur ; ce qui a fait dire à certains que vous êtes « un auteur inclassable qui ne cherche pas à être classé ».

Ainsi, votre écriture tient souvent du miracle ! C'est, à n'en pas douter, de cette éblouissante originalité qu'elle tire toute son importance, et par là qu'elle s'impose dans le grand concert de la littérature française. Et c'est précisément pour cela, Cher Valère Novarina, que nous tenions à vous honorer aujourd'hui.

 
Léo Gantelet

Par Léo Gantelet - Publié dans : A Valère NOVARINA
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Samedi 1 décembre 2007

Oncle Alexandre

27 juin 2007

Photo-Oncle-Alexandre.jpg « Bonjour mon oncle. Je viens te rendre une petite visite. Je sais que tu en as eu bien peu depuis 90 ans que tu reposes dans cette terre étrangère, cette terre champenoise, si éloignée de Seynod, ton village natal savoyard ».


Je ne savais presque rien de ce frère de mon père, mort sous les balles allemandes le 4 mai 1917, sur les pentes du Mont Cornillet, au cours d'une bataille meurtrière comme on savait les faire pendant la Grande Guerre, du côté des frontières de l'Est. Et pour cause, il était mort 23 ans avant ma naissance. De temps en temps, affleurait un souvenir, une allusion dans la bouche de mon père ; souvenirs de guerre, bien sûr, car non seulement ils étaient frères de sang, mais ils furent aussi frères d'armes durant ces années terribles. Souvenirs également, parfois évoqués par Joseph, l'autre frère, le religieux.

 

À travers ces maigres informations, émergeait l’image d’un jeune homme bien équilibré, adroit, jovial, inventif, respectueux des valeurs morales et de la famille ; autant de qualités qui sont presque lisibles sur cette photo de 1910 prise à Sacconges, non loin de la ferme paternelle. Il est là debout, avec son grand père et ses six frères et soeurs alignés autour des deux parents assis. Belle famille de paysans, digne et forte, unie pour sa survie dans un monde agricole rude et d'un autre âge.

 

Il y a encore cinq ans, mis à part quelques détails complémentaires que j'avais appris d'un compte-rendu écrit par l'oncle Joseph en 1973, à la suite d'un quasi pèlerinage qu'il avait fait sur sa tombe en compagnie de ma mère Jeanne et de ma soeur Thérèse, c'était à peu près tout ce que je savais de ce parent très proche par le sang mais fort éloigné dans le temps et dans l’espace. Jusqu'au jour où, animé de je ne sais quelle pulsion ancestrale, j'eus envie d'en savoir davantage sur son compte. Le texte de cet oncle que j'avais relu, me rappelait que son auteur était venu trois fois se recueillir en ce lieu de mémoire : 1922, 1935, 1973. Il me rappela également, et je n'eus aucun mal à extraire de ma mémoire ce souvenir d'enfance, qu’en 1948, j'avais 8 ans, mon père avait lui aussi fait le voyage. Il y avait 59 ans…

 

Je revois encore très bien les préparatifs de ce qui, à l'époque et pour un paysan savoyard, avait l'ampleur d'une aventure ferroviaire exceptionnelle ; que mon père avait cependant déjà vécue, mais en tenue règlementaire et le fusil à l'épaule, quelque 30 années plus tôt. De cette visite historique, il ne reste dans la famille, qu’une photo sur laquelle on voit mon père, debout, l'air grave et recueilli, derrière la croix toute blanche de la tombe de son frère.

 

1922, 1935, 1948, 1973, et aujourd'hui 27 juin 2007, cela fait donc cinq visites, et moins de 10 visiteurs, en 90 ans, sur la tombe d'Alexandre Gantelet. Y en a-t-il eu d'autres que nous ne connaissions pas, pendant tout ce temps ? J'en doute fort. Peut-être quelque ami de tranchée ayant survécu au carnage... Y en aura-t-il d'autres dans le futur ? Rien n'est moins sûr. À moins que ces quelques pages, sorties un jour d'un tiroir poussiéreux où elles auront été rangées, ne raniment la petite flamme presque éteinte de ce lointain souvenir. Aujourd'hui, c'est à moi qu'il incombe de la ranimer, cette flamme. Je suis arrivé hier soir à Sept Saulx en voiture, avec Christiane. Et c'est dans ce but, que nous avons passé la nuit à l'hôtel du Cheval Blanc.


Carte-Sept-Saulx-2.jpg

J'ai en main un petit dossier sur Oncle Alexandre, que j'ai constitué ces dernières années. D'abord, j'ai retrouvé sa trace aux Archives Départementales à Annecy, puis sa fiche signalétique sur le site Internet « Mémoire des Hommes ». Voici quelques éléments qui en sont ressortis :

Nom : Gantelet

Prénom : Alexandre, François

Grade : 2e classe

Corps : 48e régiment d'infanterie n° 2

Matricule :12 502 - Classe : 1913

Matricule : 1994 - au recrutement - Annecy

Mort pour la France le : 4 mai 1917

Lieu : Mont Cornillet (Marne)

Genre de mort : tué à l'ennemi

Né le : 28 septembre 1893

À : Seynod - Département : Haute-Savoie

Acte transcrit le : 22 juillet 1917

À : Seynod - Haute-Savoie

Numéro du registre d'état civil : 101 - 708 - 1922   (26 434)

Cote aux Archives Départementales : 1 R 807

 

Conseil de révision :

  • Inscrit sous le numéro 55 - Annecy Sud
  • Classe : 7 c partie de la liste de 1913
  • Bon pour le service armé
  • Sursis article 20 accordé. Frère (Francis) au service

Détail service et mutation

  • Incorporé au 97e régiment d'infanterie le 17 août 1914 - 2e classe - matricule : 6810
  • Passé au 90e régiment d'infanterie sous le numéro 1056 2/11 du 25 janvier 1915
  • Passé aux 328e régiments d'infanterie le 1er juillet 1915
  • Passé au 48e régiment d'infanterie le 21 septembre 1915 (en exécution de la dépêche 212 M. du général commandant la 11e région, du 16 septembre 1915)
  • Soldat de 2e classe
  • Tué à l'ennemi le 4 mai 1917 au mont Cornillet
  • Avis 11 - et n° bis 371013 du 9 juin 1917

Campagnes

  • Du 17 août 1914 au 4 mai 1917

Plusieurs citations

  • Cité à l'ordre du régiment n° 548 du 28 mars 1917 : « Soldat d'élite, dévoué et courageux. A toujours montré sous le feu le plus beau sang-froid, notamment du 18 aux 21 mars 1917 où il a été pour tous un exemple d'énergie et de mépris du danger ».
  • Croix de guerre   
    Deux ans plus tard, au retour d'un voyage qui m'avait conduit d'abord de Southampton à New York par voie maritime à bord du fameux Queen Mary II, puis, de New York à Paris en avion, je m'étais rendu au château de Vincennes aux archives de l'Armée de Terre. Je ne trouvai pas trace du nom de mon oncle, mais je tombai par contre, sur un compte-rendu relativement détaillé de cette bataille du 4 mai 1917 au Mont Cornillet, qui lui couta la vie. En voici quelques extraits
    :

    Vendredi 4 mai


    En Champagne, nous avons repoussé des coups de mains ennemis dans les bois, à l'ouest du mont Cornillet et sur les hauteurs à l'est du Mont-Haut. Dans cette dernière région, nous avons réduit un îlot de résistance dont la garnison a
    été faite prisonnière. 9 officiers et 210 hommes sont tombés entre nos mains. Sur la rive gauche de la Meuse, nos détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies.
    .
     
     4 mai 1917

    A 18 h 10, le 48e R.I. progresse sur les pentes du MONT-CORNILLET, mais il est rejeté sur ses positions. C'est un nouvel échec dû à la puissante organisation du terrain au MONT-CORNILLET, où le fameux tunnel met à l'abri des coups de l'artillerie une importante garnison qui ne sort pour occuper ses positions de combat qu'au moment où nos troupes partent à l'assaut. Nos pertes sont sévères: 14 officiers, 719 hommes. Nous avons fait 160 prisonniers, dont 6 officiers. Après cet effort, la 19e D.I. est relevée et remplacée par la 48e D.I. (général JOBA). Pendant quelques jours, une accalmie s'établit sur le front. Les troupes s'organisent et renforcent les positions sous un bombardement réciproque.

     

    Cornillet-2.jpg   

Cornillet-3.jpg  
Oncle-Alexandre-1-copie-1.jpg
 

Me Me voici donc avec Christiane, à l'entrée de cette nécropole, immense quadrilatère contenant 26 rangées de 119 tombes, soit 3094 croix blanches toutes identiques, à l’exception de quelques pierres sculptées de l'étoile et du croissant de soldats musulmans. 3064, avait écrit l'Oncle Joseph. Probablement son décompte était-il diminué des quelques rares tombes vides que j'avais remarquées ça et là

 

Sept-Saulx-Juin-2007--12--copie-1.jpg

 

On entre dans le cimetière par un grand portail métallique flanqué de deux colonnes de pierre historiées. Tout au fond, un drapeau bleu, blanc, rouge, flotte au haut d'un mat. Les deux grands espaces formés par une allée centrale qui les sépare, sont plantés de croix en rangées régulières à même le gazon. J’avais imaginé qu'il y aurait quelque part un registre, ou un panneau, avec le nom des défunts et l'emplacement de leur tombe. Il n'existait rien de tel ; à nous de nous débrouiller... Pas d'autre solution que de passer la nécropole au peigne fin.

 

Au début, je crus pouvoir me repérer à partir de la photo de 1948, sur laquelle on pouvait voir des arbres au fond, ce qui pouvait indiquer que la tombe se trouvait sur l'espace de gauche, puisque c’était le seul qui soit actuellement bordé de bois. Mais sur une durée de presque 60 ans, la végétation varie énormément. C'est ainsi que nous explorâmes en vain toute la moitié gauche de la nécropole ; cela nous prit une bonne heure. Il nous fallut reprendre notre courage à deux mains pour attaquer l'investigation de la partie droite. Nous le fîmes en commençant par le fond et en remontant vers l'entrée du cimetière.

 

 

F---L-copie-2.jpg

 

Nous avions mis au point une méthode qui consistait à visiter chacun, en alternance avec l'autre, une lignée de tombe. Au fil des minutes, et des quarts d'heure, cet exercice était devenu une véritable épreuve. Je ressentais un indicible et croissant malaise à marcher sur le ventre de ces pauvres soldats. Les plaques métalliques grises que portaient les croix n'étaient pas faciles à lire, car elles avaient vieilli, elles aussi, et elles se trouvaient davantage à hauteur de genoux qu’au niveau des yeux. Je remarquai d'ailleurs, à partir de la photo de 1948, sur laquelle les croix apparaissaient plus hautes, avec des jambages formant des angles droits vifs et non pas arrondis comme sur celles que j'avais devant moi, qu'elles avaient été changées depuis ce temps-là.

 

Le ciel était couvert, et la lumière du jour commençait à baisser ; ce que ma vue, devenue médiocre, n'appréciait guère, car je devais la forcer pour déchiffrer les noms. J'avais au coeur la hantise de manquer la tombe, car j'en étais réduit davantage à éliminer les inscriptions qui n'étaient pas « Gantelet », me disant que je ne pouvais manquer cette dernière dont la graphie m'était si familière, et pour cause, plutôt qu'à lire des noms inconnus.

 

Un grand remue-ménage se faisait dans ma tête, un grand tohu-bohu dans mon coeur, un grand chambardement dans mon âme. Une vraie grande souffrance me secouait tout entier. Mais que représentait cette souffrance-là, si grande qu'elle fut, par rapport à la vie brisée d’oncle l'Alexandre ? 24 ans. Tout juste sorti de sa campagne, où il avait travaillé dur, en famille, sitôt son Certificat d'Etudes Primaires en poche. Mon père m'avait dit que jusqu'à l'âge de 20 ans, il avait toujours dormi dans l'écurie. 20 ans pour lui, cela faisait 18 ans pour Alexandre. J'ai tout lieu de supposer que lui aussi dormait à l'écurie. Ce qui n'est pas forcément synonyme de malheur. On peut dormir à l'écurie et être heureux, certainement. Mais si l'on compare notre niveau d'exigence d'aujourd'hui, que symbolise fort bien notre hôtel du Cheval Blanc 4 étoiles de Sept Saulx où nous dormirons cette nuit, aux conditions de vie quasi misérables de nos parents, on reste frappé de stupeur et l'on a du mal à réaliser.

 

Tandis que ces considérations m'envahissaient progressivement j'en arrivai à la sixième rangée; et Christiane, à la septième, lorsque subitement, levant la main en l'air, elle s’écria : « ça y est ! ». Je la rejoignis ; elle était à quelques pas seulement. Devant moi, il y avait bien cette tombe portant le numéro 727, lequel, avec ses deux 7, semblait indiquer par lui-même et par pur hasard, qu’elle était la 7ème à partir de la limite droite, de la 7ème rangée à partir du fond du cimetière. Sur la plaque métallique, il était écrit : 

      727 - GANTELET Alexandre      
 

                    48 - R.I.                         

MORT pour la FRANCE le 14 - 7 – 17

(Voir note en fin de texte *)


Sept-Saulx-Juin-2007--3-.jpg

Pourquoi cette erreur de date, quand tous les documents concordent pour attester qu’Oncle Alexandre est bien tombé au combat le 4 mai 1917 au mont Cornillet ? Je ne saurais le dire. Mais, au fond, cela n’a pas vraiment d’importance.

 

Restait à le voir, ce fameux Mont Cornillet, de sinistre mémoire. Nous nous y rendîmes en voiture le lendemain matin après une nuit réparatrice au Cheval Blanc. Une bosse à peine visible dans la campagne champenoise, couverte de bois et de buissons, qui ne donne pas le moindre frisson tant elle semble paisible et inoffensive ; mais inabordable  pourtant, car tout entière englobée dans le périmètre d'un grand camp militaire. Nous nous sommes contentés de l'observer depuis la route, tout en roulant en notre for intérieur de funestes pensées.

 

 

 

 

Sept-Saulx-Juin-2007--13--copie-1.jpg



La campagne était belle en ces premiers jours d'été. Belle à sa manière, en ses horizons lointains, avec ses lourds nuages gris, ses sautes de vent aigrelet, ses monts et ses plaines quadrillés de vert et d'ocre, et cette immense nostalgie aux franges de la mélancolie, qui baigne toute cette région champenoise. Il ne nous restait plus qu'à rentrer. Nous reprîmes la route ; dans un premier temps, jusqu'à Colombey-les-Deux-Églises où nous passâmes la nuit ; non sans aller saluer la tombe du Général et sans visiter la Boisserie, cette vaste demeure en si parfait accord avec le désenchantement légendaire du grand homme, et le spleen que nous portions nous-mêmes depuis la veille.

 

De cette dernière visite, je retiendrai surtout le bureau du Général ; hexagonal ; logé au rez-de-chaussée d'une tour à six côtés qu'il se fit lui-même construire. Idée géniale de ce Français hors normes, qui s'était si profondément identifié à... l'Hexagone... à la France !

 

Cette flânerie au pays du Général qui, en apparence, n'avait rien à voir avec mon propos, s'avéra pourtant en parfaite harmonie avec notre démarche. En commun, j’y trouvai ces paysages vallonnés et un peu tristes de Champagne, ce même indicible pathos fait de regrets et d'incompréhensions des guerres modernes, un sentiment de respect pour la bravoure de ces hommes, devenus héros, souvent malgré eux, le remue-ménage intime que tout cela créait en nos esprits, et probablement, la trace indélébile qu'il en resterait au tréfonds de nous-mêmes.

    

* J’apprendrai plus tard qu'il y avait bien, près de l'entrée, à l'usage des visiteurs, un registre indiquant les noms et emplacements des tombes, mais je ne l'avais pas trouvé.



Léo GANTELET

 

Tel : 04 50 69 15 41

Fax : 04 50 69 09 19

Mail :xgantelet@aol.com

Par Léo Gantelet - Publié dans : Léo et laguerre de 14 - 18
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